De l'autre côté du Rayon Vert
Stephanie Will, lundi 11 janvier 2010 - me, myself and I - Lien permanent

Je me souviens parfaitement du coup de foudre. Une soirée Théma sur Arte, je n'avais pas 20 ans. Deux éclairs me frappent coup sur coup : Conte d'Hiver et Les Nuits de la pleine lune. Je suis d'autant plus stupéfaite que je sais que le cinéaste n'est pas tout jeune. J'ai pourtant l'impression de me reconnaître dans ces deux films, tantôt à la place de la coiffeuse éprise d'amour absolu, et du pari de Pascal, tantôt à la place de la jet-setteuse partagée entre deux hommes, reliés par un RER entre Paris et Ville Nouvelle. Souvent je l'aurais cité ce proverbe sur lequel repose le film : "Qui a deux maisons perd la raison"...
C'est au cinéma que je découvre Ma nuit chez Maud. Je suis atomisée par la beauté de Françoise Fabian, et totalement bouleversée par ce film que je trouve si parfait, dans son propos, dans sa forme, et dans ce plaisir - immense - à voir disserter des personnages qui sont au sommet de la séduction et de l'aura cinématographique.
J'ai remonté la filmographie d'Eric Rhomer comme j'ai pu, au fil du temps. Et j'ai suivi son actu : j'ai de beaux souvenirs des sorties nationales de Conte d'été (en pleine fête du cinéma), L'Anglaise et le Duc (en AP aux Universités de la communication d'Hourtin !), Triple Agent (dans un multiplexe breton)...
C'est grâce aux Cahiers du Cinéma que je découvre Le Rayon Vert en salle, au Jean Vigo de Bordeaux. Un film incroyable où le personnage féminin principal se sent proche... de la salade ! On voit et on entend souvent des choses incroyables dans les films d'Eric Rohmer. Et pourtant tout est juste. Tout est vrai. C'est dans son cinéma que ma recherche de la vérité s'est probablement la plus accomplie.
A l'époque où je travaillais à la Phonothèque de l'Ina, les coffrets DVD intégrales des films d'Eric Rohmer sont sortis, avec des archives sonores en bonus. Les Films du Losange appelaient au bureau. Nous avions reçu des exemplaires des coffrets, et j'avais pu ainsi continuer mon exploration cinéphile. C'est comme cela que j'ai notamment découvert L'Amour l'après-midi, que je ne peux pas croire que Kubrick n'ait pas eu un peu en ligne de mire pour son Eyes Wide Shut...
Assez drôle, j'ai découvert "I think I love my wife" à la télévision récemment, une relecture signée Chris Rock de ce film fabuleux et profond avec l'égérie Zouzou. Dans l'ersatz flashy et américain, tout ce qui intrigue et détonne est rohmérien. Insubmersible.
Nous savions bien qu'il ne serait pas éternel. Mais on ne pensait pas à sa disparition. Eric Rohmer.




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