Un jour au medef - partie 2
Stephanie Will, samedi 6 septembre 2008 - Technicienne de communication - Lien permanent
Dans une conférence, je suis une bonne élève. Je m'assieds au premier rang (... c'est aussi pour pouvoir déployer mes longues jambes), avec mon petit cahier d'entrepreneuse dans lequel je consigne toutes les vérités révélées du monde des affaires, ce monde parallèle que je fréquente depuis bientôt 1 an.
J'ai donc scrupuleusement noté plusieurs choses lors des conférences sur le management et l'innovation, ainsi que lors de la plénière sur le capitalisme non lucratif, mais cela n'a pas valeur de comptes rendus, alors je vous renvoie vers le site officiel de l'UE pour obtenir une information plus complète... et moins partiale.

Le management comme pédagogie d'un autre monde
De gauche à droite sur la photo :
Bernard Ramanantsoa, dg du groupe HEC, Fabien Galthié, joueur de rugby, Laurence Danon, membre du directoire de Rotchild Corporate (EX-pdg du Printemps...), Jacky Lintignat, dg de KPMG, Jean-Luc Placet, pdg de l'IDRH, Françoise Gri, présidente de Manpower, Pierre-François Forissier, chef d'état-major de la Marine, Michel Hervé, président du groupe Hervé.
J'ai beaucoup apprécié cette conférence, que j'ai trouvée très "au goût du jour", c'est-à-dire affichant une volonté, et la lucidité, de rompre avec les modèles de management traditionnels, ceux hérités des méthodes américaines post-1945 (!), ne serait-ce que pour ne pas rater le coche de l'intégration des jeunes générations dans l'entreprise. Ces drôles de profils que les cadres actuellement en poste regardent un peu comme des aliens... Ce renouvellement des modes de pensée, et d'actions, serait aussi l'occasion d'intégrer les fameux profils "atypiques", ce qui me tient particulièrement à coeur, et qui est recoupé par un article que je lisais justement ce matin dans Télérama (pages emploi/formation - n° en cours).
JLP nous rappelle le b.a.-ba du management : "faire que les choses soient faites au-travers des hommes".
Il développe l'idée qu'il y a une forte porosité entreprise / société de nos jours, que le management est entendu comme "contrôle", s'opposant à "créativité". Les précédents modèles de leaderships se révélant épuisés, les "valeurs de l'entreprises" sont contredites par les actions des dirigeants. Et sont donc jugées sévèrement par la société, qui en subissant le chômage, entretient d'autant la mauvaise image qu'elle s'enforge. JLP prône une remise en question des comportements au sein de l'entreprise... en trouvant inspiration dans de nouveaux modèles : indiens (Mittal), chinois, d'Afrique du Sud... ...
JL enfonce le clou sur l'immense malentendu entre les générations dans l'entreprise. Si le management est une éducation au changement, un levier pour l'entreprise qui place l'humain au coeur de son déploiement, il est effectivement temps d'accorder la théorie et la pratique. Ne plus se fourvoyer en se lançant dans de grandes quêtes de sens qui, au final, ne révolutionnent rien. Il cite Michel Serres, critiquant la course au "développement durable" d'entreprises incapables d'avoir un discours de fond, cohérent et mobilisant.
BR livre une analyse qui a été très bien reçue. Effectivement, l'entreprise a un sérieux problème d'image. Elle se pose en institution qui explique à la société ce qu'elle est, ce qui passe très mal dans une époque troublée : de "repère fondateur" elle est passée à "donneuse de leçons". Le management est trop souvent pratiqué de manière paternaliste, "ce n'est que du bon sens", alors qu'il est bel et bien une pédagogie : une démarche structurelle. Le directeur d'école déplore le pauvre investissement des entrepreneurs à venir former les étudiants, ils préfèrent se flatter de leur propre vécu, et exigent - par la suite, des candidats ultra-formatés sachant tout faire.
FG rebondit sur un autre cliché ancré dans l'entreprise : on y a tous les talents, toutes les ressources, il n'y a plus qu'à gérer.
Or, il y a une nouvelle donne. Les nouvelles générations créent un déséquilibre, du fait de leurs propres cultures, références et pratiques de la frontière vie privée / vie professionnelle. Ces nouveaux candidats ne sont pas sensibles à l'information officielle, qu'ils différencient de l'info réelle. ils sont "contributeurs" et "commentateurs" de la vie de l'entreprise - cela détermine leur motivation. Leur travail doit alimenter un idéal de vie où le "fun" a toute sa place (!)...
LD enchaîne judicieusement sur cette analyse, puisqu'en tant que membre de la cellule "nouvelles générations du medef", elle a étudié les desideratas des futurs cadres de l'entreprise, ou le "management de la diversité". Ils seraient très attachés à la notion de respect / l'affirmation de règles claires ; demandeurs d'informations, les sources étant multipliées et ils boiraient à toutes ; ils voudraient "tout, tout de suite" / ne pas végéter dans l'espoir d'accéder à plus gros ; ils seraient "cocooning" et festifs - en témoignent les blogs de stagiaires sur l'entreprise qui les reçoit, les dirigeants étant mis devant le fait accompli de la "transparence" ; ils négocieraient tout, et en particulier leur force de travail.
MH n'a pas emballé son auditoire féminin. Il a splendidement mis les pieds dans le plat, en affirmant que les femmes étaient formidables, tellement créatives à avoir des enfants (je reformule, mais c'était l'idée - il s'est tourné vers FG pour confirmation, qui était simplement accablée). J'ai surtout retenu de son intervention qu'il plaçait en premier plan d'un management moderne les "outils de la communication et de l'information" (...), dans le sens où il faut rompre avec le management dévoué au maintient de la pyramide hiérarchique, le management de guerre (le culte du secret), pour entrer dans le wiki et le 2.0...
PFF a beaucoup distrait l'assemblée, avec ses anecdotes de vie dans un sous-marin nucléaire - où le management doit être particulièrement subtil, vu le peu d'échappatoires...
Dans le même esprit, FGa a livré ses constats de coach sportif avec une grande sensibilité, quelques trémolos dans la voix (sa voisine était totalement sous le charme...), érigeant la fierté d'appartenance comme pilier d'un management efficace.
Dernier tour de table pour recueillir un conseil, en conclusion :
JLP : prendre conscience que la croissance n'est pas seulement quantitative, elle est aussi qualitative.
JL : soyez modeste mais ambitieux.
BR : apprendre à oser.
FG : accueillir les richesses cachées.
LD : n'a pas de conseils... mais est prête à recevoir ceux du public (!!!).
MH : ne pas travailler pour travailler, mais travailler pour vivre et vivre pour travailler.
PFF : prendre le large.
FGa : être courageux, lucide, bon sous la pression... communicant. Bravo Fabien Galthié, voilà un excellent mot de la fin !

Le capitalisme à but non lucratif :
du capitalisme créatif de Bill Gates au nouveau capitalisme de Mohamed Yunus
De gauche à droite sur la photo :
Philippe Lemoine, Laser, Matthieu Ricard, moine bouddhiste, Franck Riboud, président du groupe Danone, Nicolas Beytout, président du groupe Les Echos, Claude Bébéar, président d'honneur du groupe GIE AXA, Gil Delannoi, directeur de recherche à Sciences-Po, Evelyne Tall, Eco Bank.
Le grand absent de cette plénière a été Martin Hirsch. Prévu, il n'a pas pointé le bout de son nez... Sachant que l'annonce sur le RSA est tombée la veille, tout le parterre l'attendait de pied ferme. Typique cas de conflit d'intérêts, où la première communication d'un interlocuteur prisé ne peut pas être réservée à un auditoire... de moindre importance.
Car d'ailleurs la couverture média de l'UE a été modeste. Je lisais une blogueuse qui s'en étonnait. Mais je rappelle que Madonna n'a pas eu tous ses invités à son anniversaire. Plus sérieusement, aujourd'hui, les événements, même parmi les plus "pilonnants", ne bénéficient d'aucune voie royale vers les médias. Alors que les flash news people, oui.
J'ai suivi avec plaisir cette conférence, qui a été dense. Sans doute un peu ramollie par quelques heures de discours, et le charme de Nicolas Beytout - sorte de Ken Business, j'ai bu les paroles des uns et des autres sans filtrage particulier. J'ai juste un peu tiqué à l'évocation angélique des fondations Bill&Melinda Gates, car je lis quand même de temps en temps Courrier International, et leur point de vue sur le charity business n'est pas aussi exclusivement axé sur la générosité exemplaire de ceux qui ont tout. Qu'ont-ils fait pour avoir tout ?...
J'ai apprécié le savoureux témoignage de Franck Riboud sur son tandem avec Mohamed Yunus, le créateur nobellisé du micro-crédit. Riboud a été parfait dans son rôle de grand dirigeant, qui ne manque jamais de placer les mots clés de son produit / entendu comme sa philosophie, "fils de son père" reconnaissant, qui oscille entre décontraction un poil démago et affirmation claire de la puissance de son groupe.
Evelyne Tall, qui a pris place en renfort d'une tablée incomplète, a développé les conditions de succès du micro-crédit en Afrique. Relevant que, "pour une raison que l'on n'explique pas", les femmes remboursent mieux que les hommes...
Bien sûr, j'ai été sensible à l'intervention de Matthieu Ricard, qui a donné en quelques phrases limpides des clés vers le bonheur et l'absence de souffrance... ce que Beytout a tristement ramené à l'économie occidentale, en lui demandant si ce n'était pas un possible RSA... Réponse bienvenue du moine-communicant : "je ne sais pas ce qu'est le RSA".
C'est une conférence qui est retombée sur ses pieds : le capitalisme n'est pas à but non lucratif : il faut vendre et faire de la marge, toucher tous les marchés... puis réinvestir, ce qui suppose de ne pas viser le seul enrichissement personnel. Voilà qui fait toute la différence avec un capitalisme de salauds. Les entrepreneurs sont confortés (j'en suis), c'est l'heure du déjeuner... pas d'aigreurs d'estomac à redouter.

L'innovation, de la science à la chance, du travail au talent
De gauche à droite sur la photo :
Pierre-François Le Louet, président de l'agence Nelly Rodi, Pierre-André de Chalendar, dg de Saint-Gobain, animateur des Echos, François d'Aubert, président de la Cité des Sciences et de l'Industrie, Philippe Mallein, conseiller scientifique à Grenoble / Minatech, Serge Villepelet, président de PricWaterhouse Coopers.
Communicante qui a beaucoup exercé dans l'audiovisuel et le cinéma, j'ai le désir de travailler avec les têtes pensantes du pôle technologique de Saclay. Alors je veux les écouter ces scientifiques, ces chercheurs, ces ingénieurs. Je veux les connaître et mieux les comprendre.
J'ai suivi cette conférence avec un grand intérêt - elle s'est révélée plus théorique que je ne l'aurais pensé, plus axée sur les moyens donnés à l'innovation dans l'entreprise, alors que je m'attendais à une plongée en apnée dans les arcanes des normes et recherches qui ont cours...
Ici, je le reconnais, aucune femme n'est intervenante, il y en a très peu dans le public.
Mon oreille a surtout accroché à tout ce qui était relatif à la communication scientifique.
PAC donne le ton : "L'innovation naît de la contrainte".
Et amène assez rapidement une idée qui va être récurrente : il faut mettre les chercheurs en contact avec les hommes (...) du marketing (les autres diront aussi "de la communication").
Pour lui, une direction R&D stable, c'est le résultat d'un effort conséquent de l'entreprise, qui combine volonté, argent et organisation.
Fd'A introduit la notion de "concurrence mondiale". A la rumeur qui lui répond dans le public, il semblerait qu'il ait raison...
Pas d'innovation sans un investissement ardu dans la R&D, et ce serait d'ailleurs l'apanage des pays émergents - Singapour, Corée du Sud... qui font plier tous les autres.
Il stigmatise également les erreurs de communication sur la technologie et les innovations, comme celle commise pour présenter les OGM...
PM parle aussi de communication. Il explique que ses équipes se font un point d'honneur à rédiger un profil communicant de leur projet de recherche (quoi, pour qui, comment etc.), afin de s'assurer d'être compris du grand public. Ils produisent même des films avec des comédiens pour mettre en situation l'innovation !
PFLL présente le travail de son agence Nelly Rodi, une trentaines de personnes dédiées à l'analyse de l'air du temps et de ses lendemains, scrutés par spécialités. Une sorte de cahier de tendances géant et perpétuel, au service des marques et de l'entreprise.
SV joue un peu les provocateurs en affirmant être anti-R&D. Il ne croit pas en une cellule figée chargée de faire du neuf. Mieux vaut jouer la carte de la diversité dans l'entreprise, puiser l'idée innovante chez tous les profils, tous potentiellement créatifs... s'ils ne sont pas étouffés par un management étriqué... tiens, tiens, la boucle est bouclée, on repart sur le management comme pédagogie !

Quand les médias plombent, quand les médias permettent
De gauche à droite sur la photo :
Dominique Baudis, président de l'institut du monde arabe, Nicolas Beytout, président du groupe Les Echos, Jean-François Copé, député de Seine-et-Marne, Guillaume Durand, journaliste, Michel Rocard, député européen, Alain Weill, pdg de NextRadio TV, Jean-Claude Dassier, dg adjoint de l'information à TF1, Yvan Rioufol, journaliste au Figaro.
Alors, cette plénière... C'est un peu le moment "grand n'importe quoi" de la journée. Je suis restée car j'y étais comme au spectacle.
L'auditoire devait être également fatigué, ou moins enclin à brider ses pulsions, car il a accompagné chaque élocution de frénétiques applaudissements alors que, parfois, ce qui était dit était vraiment énorme (bon...), parfois, c'était simplement le contraire du speech précédent...
Guillaume Durand s'est montré fidèle à son image de journaliste qui descend d'un toboggan en baskets. Enfin moi je suis restée sur celle-là.
On y a entendu que c'était incroyable que la France n'ait pas un groupe de médias concentrés (TV/presse écrite/internet), que c'était honteux que les lois l'empêchent, et que vivement que ça change parce que c'est la raison pour laquelle l'audiovisuel français en est là.
On y a entendu qu'il fallait de vrais bons programmes à la télévision, qu'une affaire Baudis était l'une des plus grandes hontes de l'histoire des médias depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, et qu'il ne fallait pas que ça recommence - même si c'est vrai que quelqu'un a reconnu qu'il y avait convocation au CSA dès les premiers jours de rentrée.
On y a entendu que les futurs journalistes étaient mal formés, qu'ils ne se préocuppaient pas de la rentabilité du support qui les employait, et ne voyaient que la portée de leur papier et de leur engagement héroïque. Que les blogueurs disaient en grande majorité n'importe quoi, et que c'était vraiment dur pour la presse papier de rester une offre payante de qualité.
...
Michel Rocard a fait de divertissantes digressions - il a une mémoire prodigieuse !, mais tout ceci n'aura jamais vraiment contribué à traiter du sujet principal. En même temps, quel était-il exactement ?...




Commentaires
Merci beaucoup Stéphanie pour ce ressenti et ce résumé autour des quelques plénières auxquelles tu as assisté. Vraiment très intéressant...
Penses-tu y retourner l'année prochaine ? ;-)
J'ai enfin réussi à prendre le temps de tout lire au calme (pas évident en ce moment). Cela confirme ce que je disais en commentaire chez Corinne. Ils se prennent la tête pour des sujets sans jamais y répondre vraiment. Mais, ce que je vois c'est qu'ils répondent aux attentes du public. Séduire, c'est le seul point commun à tous, sauf chez les journalistes.
Merci pour ce travail.
... Moi j'en ai retiré des éléments concrets, pour communiquer sur mon offre et avoir une perspective du marché.
Après, bien sûr, ce n'était pas d'un niveau de doctorants, mais bien que je sois passée pour bonne cliente de ces Universités d'été, je partais vraiment avec l'idée que les conférences allaient être ultra-superficielles. Donc pour ma part, c'est "gagnant-gagnant", je n'ai pas perdu ma journée.
Pour en apprendre plus sur Dieu et comment va le monde... je m'adresserai au Collège de France !