Un jour au medef - partie 1
Stephanie Will, mercredi 3 septembre 2008 - Technicienne de communication - Lien permanent
La première personne à m'avoir dit que je devrais me rapprocher du medef en tant qu'entrepreneuse, c'est mon interlocutrice à l'Agence pour l'Economie en Essonne, MB. Pas franchement un profil "droite dure".
C'est vrai que je n'y aurais pas pensé toute seule. Mais finalement, devenir indépendant, c'est révolutionner son rapport au temps de travail et à la rémunération - quitter la grille de lecture du salariat. C'est aussi s'inscrire dans le groupe de ceux qui vivent ce challenge au quotidien. Et il semblerait que le medef soit leur nid.
Alors puisqu'il est de bon ton de se décomplexer (j'y reviendrai...), oui, j'ai eu très envie d'aller à l'Université d'été du medef 2008.
Et cela ne m'a été permis que grâce à Frédéric-Michel Chevalier, qui m'a accordé une accréditation blogueur de dernière minute, alors que mon inscription sur le site web était arrivée trop tard. Les 200 blogueurs ont bénéficié d'une bulle high-tech dans un amphi, une ruche que j'ai rapidement visitée car je ne suis pas une blogueuse compulsive, et je n'ai pas pu jouer le jeu du "live blogging". Apparemment, 150 autres blogueurs ont été dans mon cas...
Mais je remercie vivement F-M C en ligne car je l'affirme : je me suis sentie privilégiée d'assister à cette journée - celle du jeudi 28 août, en l'occurrence.
Car en préalable à ce que je vais développer, il y a cette évidence : la volonté d'ouverture du medef sur cette manifestation très exposée. 200 blogueurs accrédités, sans aucun filtre de sélection, ni avant, ni après - et certains ne sont pas tendres. Une assemblée, certes, plutôt masculine, composée d'entrepreneurs d'un certain âge - et d'un portefeuille certain. Mais pas seulement, et loin de là. Beaucoup de femmes, des business women - pas juste les blondes et jeunes secrétaires de... (oui, il y en avait aussi...). Des femmes sans l'unifome "mâle", mais chaussées de talons hauts / de ballerines R*****O et vêtues de jupes virevoltantes, presque un lieu de tendances, quelquefois ! Mais pas seulement des entrepreneurs, des artistes aussi, des associatifs... Pas seulement des gens "dans la force de l'âge", beaucoup de jeunes, des étudiants, et les fameux blogueurs, bien sûr, qui font forcément descendre un peu la moyenne d'âge... Bref, je ne me suis pas sentie à part, différente, alibi femme / jeunesse / liberté d'expression ou je ne sais quoi, j'étais invitée parmi tant d'autres et heureusement noyée dans la masse.
Cette ouverture passe aussi par les thèmes abordés lors des conférences et des plénières. Si certains ont faire rire sur le papier, "Dieu pour point d'appui et la prière pour levier", "la vie en vert pour voir la vie en rose", "le capitalisme à but non lucratif"... la qualité des intervenants a donné une vraie matière aux questions soulevées (j'ai croisé des participants ravis par la haute tenue de la conférence sur ""Dieu"" ; j'ai également appris que Yassine Bellatar avait bien secoué son monde dans la conférence sur la diversité...), et il ne faut pas perdre de vue que le public a la possibilité de prendre la parole à chaque dernière partie de conférence. Ce qui a été fait sans vergogne, notamment par les profils "non étiquettés medef", souvent des femmes, ce qui a créé quelques savoureux moments. Car apostropher Franck Riboud, PDG de Danone, devant des centaines de personnes, ce n'est pas anodin.
Enfin, Laurence Parisot est quand même une femme (particulièrement bien lookée pour cette UE - et d'ailleurs, la preuve qu'elle est bien une femme, on ne manque pas d'entendre quelques remarques machistes dans l'auditoire - mon suffisant voisin sur une plénière l'ayant traitée, avec mépris, de "Steve Mc Queen" !...). Elle n'a pas éludé ce besoin de notre société de donner une place équivalente aux femmes et aux hommes. Elle l'a d'ailleurs clairement exprimé au Premier Ministre tunisien, qui a saisi la perche et a détaillé les mesures prises dans son propre pays pour que les femmes accèdent au savoir et au travail.
Belle manoeuvre de communication ? oui, toute l'UE en a été une. Mais les points sensibles étaient formulés, explicités, les voix discordantes n'étaient pas écartées. Je n'étais pas sûre de trouver cela là-bas, et je tenais à m'en enquérir seule. Je suis satisfaite de ce constat.
Alors tout ceci mis à part, on n'échappe pas à cette ambiance étrange de culpabilité qui règne parmi la foule. On est obligé de se rassurer dans les rangs, de se le dire : "Non, les chefs d'entreprises, vous n'êtes pas des salauds". Bien sûr, ce n'est pas un meeting "apolitique", comme me l'a dit un jeune homme sarkozyste jusqu'au bout du brushing, ce qui m'a fait éclater de rire - le moment le plus drôle de la journée. Là-bas on frissonne à l'évocation de notre Président, d'autant plus que l'annonce sur le RSA vient de tomber, et qu'avec les 35 heures, c'est la private joke préférée des auditeurs des plénières. Le clou ayant été en fin de journée, lors de celle sur les médias, alors qu'un soulèvement spontané a bruyamment exprimé à quel point les journalistes sont de gauche (94 % - selon une enquête Marianne, a même crié un monsieur...)... ... Pouic Pouic Pouic comme dirait un ami à moi. Dans cette vague d'indignation, oui, j'avoue je me sentie très seule. Mais la journée arrivait à sa fin.
Enfin, on peut considérer que les inconvénients de ce type de rassemblement sont ceux de toutes réunions de masse : on se pousse pour avoir un polo de marque (importable en public, évidemment, mais le désir d'avoir le trophée est le plus fort), on resquille dans la file pour avoir du café, une glace offerts... On se replie entre soi à l'heure du déjeuner (merci à mes compagnons de "class'croûte" de m'avoir accueillie à leur table). Tout cela m'a beaucoup fait penser aux Universités de la Communication, qui se tenaient à Hourtin il y a quelques années, où on assistait à des comportements aberrants - et pourtant, là, c'était "apolitique" !
Je concluerai cette vue générale en précisant que les parisiens ont été encore les mieux lotis pour les déplacements. Ils ont été les seuls à bénéficier de navettes de confort, Paris-Polytechnique, alors que les banlieusards avaient 30 minutes de marche pour rejoindre le RER B Lozère, (impossible à trouver si l'on faisait son "baptême de l'X").
Mais l'accueil sur place a été tout à fait princier, tout est offert - dont la presse, on a juste un peu de peine pour les vieux bâtiments de Polytechnique... et les toilettes, qui ne pouvaient pas dignement accueillir tout ce monde ! (Faire la queue dans des toilettes blafardes et nauséabondes, quand on est habillée en Dior, croyez-moi c'est humiliant !...).
A noter que j'ai enfin goûté les sablés Michel et Augustin, la marque étant présente pour une dégustation de biscuits et de laits à boire. Absolument Fabuleux. Ok, j'achète pour mes prochains tea time mondains giffois. Mais voilà qui me conforte sur l'arrogance de la communication des trublions du goût, où la "spontanéité de la vie" est quand même ultra marketée...
A suivre, le billet partie 2 qui abordera les conférences auxquelles j'ai assisté.





Commentaires
Quelle ambiance !!! En lisant ton récit, j'avais la chanson de Piaf "la foule". J'attends samedi pour connaître ta synthèse de la conférence.
Très intéressant ! Merci pour cette "vue générale" Stéphanie.
Tu écris : "Elle [Laurence Parisot] n'a pas éludé ce besoin de notre société de donner une place équivalente aux femmes et aux hommes." Pourquoi n'a-t-elle pas montrer l'exemple lors de cette Université ? Pour rappel : 26 femmes sur 235 participants. Inviter des femmes, des "business women", leur donner la parole, 10 minutes après les confs, c'est bien. Les faire monter sur la tribune, c'est encore mieux, non ? ;-)
Suis impatiente de lire la suite...
@ Patricia : pourtant si tu savais, c'est Mika qui passait en boucle sous la tente de la plénière... c'est plutôt l'air qui me revient quand je repense à cette journée !
@ Corinne : franchement, ça me fait penser à la parité. Avoir autant de femmes que d'hommes, pourquoi pas, mais si ça prive de meilleurs profils hommes ?... Pour ma part, je préfère peu de femmes comme intervenantes, mais beaucoup de femmes dans la salle. Elles sont là ! Elles font partie du jeu ! Parce qu'en plus, les copines de Laurence Parisot - suivez mon regard... - n'en finissent pas de se dégager de leur parachute...