Après les devenues célèbres « saines colères », Christie Vanbremeersh m’a rappelé – lors de son petit déjeuner « écrire pour… » du mardi 13 avril avec Anna Piot, que certaines révoltes sont tout aussi saines. C’est le mot qu’elle a utilisé pour exprimer une prise de conscience fondatrice dans son parcours, ce qui a fait ressurgir le souvenir d’une de mes propres révoltes. Une lointaine révolte, datant de ma « vie d’avant », bien avant l’entreprise, bien avant de devenir une assistante business personnelle.
J’étais assistante de communication dans une Direction au service d’une grande organisation publique de l’audiovisuel. Je venais d’achever le plus beau projet de ma vie, celui qui m’avait confortée dans l’idée que je pouvais être une assistante d’élite, à la fois dans la capacité à recevoir et à faire fructifier la délégation des tâches, et à être créative et experte sur les questions qui ne dépendaient que de moi.
Malheureusement la clôture de projet a été pathétique. Le management m’a laissée complètement en roue libre – à l’époque je ne savais pas qu’il était légitime de faire son deuil du projet et qu’il fallait être dirigé en ce sens, et je ne trouvais plus ma place au sein de la « Dircom », où le mode projet avait fait de moi un être hybride et déconnecté des salariés qui n’avaient pas goûté à l’aventure (en conduite de projet, on est détaché de son service, ce qui sépare de ses collègues de bureau).
On ne me donnait que des os à ronger. Et la promesse de beaux lendemains ailleurs, plus tard, sans que rien ne devienne jamais concret. Parmi les dossiers de fortune que j’avais pour m’occuper les mains, on m’avait demandé un maigre suivi sur un festival de documentaires (des productions maison) au Forum des Images, à Paris. J’avais tant à faire lors de l’événement que j’ai pu passer ma journée à visionner des films. Et en soirée, j’en ai vu un qui m’a fait entrer en révolte.
Une saine révolte, je le sais à présent.

Vous allez être surpris, il s’agit du documentaire consacré à Dominique Aury, l’auteure sous pseudo (Pauline Réage) du sulfureux roman « Histoire d’O ». Ce très beau film explique comment une femme des années 50, qui fait parfaitement tapisserie pour son entourage – notamment professionnel – sort d’elle-même et se challenge d’une façon incroyable pour produire un récit érotique, qui a pour seul but de conserver la fougue et l’admiration de son amant. Son histoire d’O a été publiée en 1954, mais il n'a pas été concevable - 40 ans durant ! - d'être identifiée comme en étant l’auteure. Elle a donc mené une longue double vie, où sous son apparente discrétion s’épanouissait une femme libre, maîtresse de sa vie et de son destin, totalement en phase avec ce qu’elle était et voulait profondément de l’existence – et cela malgré les carcans.
Le déclic a été immense. Non pas pour l’initiation sado-masochiste (!), mais pour ce désir d’exister pleinement pour ce que je suis, en m’exprimant, en faisant ce pour quoi je suis faite. Face à Dominique Aury, courageuse, volontaire, je me suis sentie une fieffée idiote, impuissante, creuse. J’ai quitté la soirée bouleversée, en grande révolte de n’être personne et sans perspective malgré ce que j’avais approché. Je faisais effectivement tapisserie, mais sans faire illusion pour ma part sur le gouffre abyssal de ma vie intérieure : j’étais bel et bien désemparée.
Ce que je vis aujourd’hui, notamment en tant que professionnelle, est la réponse « happy end » à ce grand désarroi de l’époque. Il a fallu quelques années pour se synchoniser avec mes aspirations et mes forces, mais je l’ai fait. Et je l’ai fait aussi à partir de cet événement-là. De cette intime révolte.
SW&Vous est une société qui va bientôt avoir 1 an. Il y a énormément de jalons et de repères fiables pour l’avenir posés par cette entreprise. J’ai pris le pouvoir. Je suis la Pauline Réage de l’assistanat business personnalisé ;-) Mais il y a aussi de grandes remises en question sur le feu, en matière de conciliation communication personnelle / communication d’agence, identité visuelle, supports, charte qualité et recommandations clients, développement et business model, réseaux.
Aujourd’hui, je ne pleurerais plus sur la vacuité de ma vie pro face à un beau portrait de femme, en revanche je peux me sentir bien petite face à une L/OnTop décoincée du buste et de l'elevator's pitch.
Réussir reste un vaste chantier.
Photo : Dominique Aury (encore un pseudo...), éditrice chez Gallimard à la grande époque du livre scandale... En savoir plus.